Et si la conformité devenait rentable ?

Tribune de Pierre Feligioni, CEO de Signaturit Group

En l’espace d’une décennie, les entreprises européennes ont dû s’adapter à un paysage technologique qui s’est fragmenté, à une augmentation des risques géopolitiques et à un environnement réglementaire qui s’est densifié. Le RGPD, eIDAS 2.0, DORA, NIS2, AI Act, AMLR sont autant de textes qui redessinent considérablement les contours de la conformité pour les entreprises en 2026.

Dans ce contexte, les organisations ont le choix entre deux postures. La première, choisie par près de 60 % des entreprises selon une étude de PwC, consiste à traiter la conformité dans l’ombre, comme un centre de coûts et comme une obligation contraignante, gérée en silos entre les équipes juridiques, IT et métiers. C’est par ailleurs la meilleure démarche pour prendre du retard sur les échéances réglementaires.

La seconde consiste à la considérer comme un actif stratégique, un moteur de performance opérationnelle, un bouclier face aux risques et un levier de différenciation concurrentielle. Pour y parvenir, il faut faire évoluer la manière dont on gère la conformité.

La fin de la conformité « a posteriori »

La plupart des entreprises considèrent encore la conformité comme une étape de validation finale. Une fois le parcours client conçu, les équipes conformité vérifient qu’il respecte les exigences réglementaires. Cette approche est aujourd’hui trop limitée car les réglementations évoluent désormais en permanence, les menaces également. Les deepfakes bouleversent les contrôles d’identité, l’intelligence artificielle automatise et perfectionne les fraudes documentaires, tandis que les exigences européennes se renforcent presque chaque année.

Ainsi, ajouter de nouvelles couches de contrôle après coup augmente la complexité des processus, génère davantage de friction pour les utilisateurs et accroît les coûts opérationnels ainsi que les risques.

Dans ce contexte, le modèle qui prévaut suit une logique de Compliance by Design. Autrement dit, la conformité est intégrée dès la conception des parcours digitaux, au même titre que l’expérience utilisateur ou la cybersécurité. Elle n’est plus une contrainte que l’on subit, mais une caractéristique intrinsèque de chaque transaction numérique.

De la Compliance by Design à la Compliance Intelligence

Si la Compliance by Design est un premier pas, un autre niveau d’adaptation émerge et positionne les entreprises qui l’adopte dans les meilleures conditions pour en faire un levier de performance. Ce niveau suppose d’adapter les processus en temps réel, face à l’évolution des risques, des réglementations ou du profil des utilisateurs.

Appelée Compliance Intelligence, elle repose sur un principe dynamique. Chaque transaction numérique est évaluée selon son niveau de risque. Les contrôles s’adaptent au contexte et les décisions sensibles combinent la puissance de l’intelligence artificielle et la validation humaine lorsque cela est nécessaire. Enfin, chaque étape produit automatiquement les preuves nécessaires pour démontrer sa conformité auprès des régulateurs et/ou des tribunaux.

Le processus est intelligent car il s’adapte, documente et démontre ses décisions sans ralentir les activités.

Cette approche n’est valable que lorsque l’entreprise s’impose des parcours modulables selon le niveau de risque des processus ; une automatisation intelligente des contrôles grâce à l’IA et toujours supervisée par l’humain ; une auditabilité native, où chaque transaction génère automatiquement sa propre preuve. Cette logique permet de concilier deux objectifs longtemps considérés comme incompatibles : renforcer les contrôles tout en réduisant les frictions pour les utilisateurs.

Pour les entreprises, l’enjeu est à la fois opérationnel et économique. Une conformité intégrée à travers une architecture qui évolue en continu accélère les contractualisations, favorise la détection de la fraude et fluidifie les parcours clients. Selon une étude du Ponemon Institute, le coût moyen de la non-conformité est 2,71 fois supérieur versus une politique de conformité efficace. Sanctions, contentieux, interruptions d’activité, perte de clients ou atteinte à la réputation représentent désormais un risque financier bien plus élevé que les investissements nécessaires pour anticiper les évolutions réglementaires.

eIDAS 2.0, DORA, NIS2 ou encore l’AI Act, souvent décriés comme des carcans réglementaires, permettent en réalité de construire une infrastructure européenne de confiance numérique sécurisée pour les échanges économiques de demain. Plutôt que de les subir, les entreprises peuvent les utiliser pour créer davantage de confiance, accélérer les parcours, réduire les coûts et gagner des parts de marché. Dans cette logique, la Compliance Intelligence offre une capacité à évoluer plus vite que les réglementations elles-mêmes, un avantage qui va s’avérer l’un des plus décisifs.

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